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Convention fiscale franco-suisse : ce qu'elle change pour votre société

La convention fiscale franco-suisse vise à éviter la double imposition, mais elle ne remplace pas l'analyse de votre situation. Voici ce qu'elle règle, ce qu'elle laisse ouvert et les points à vérifier.

Mis à jour le · Information générale, pas un conseil juridique ou fiscal pour une situation particulière.

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Dans cette page
  1. À quoi sert une convention de double imposition ?
  2. Les trois notions à comprendre en premier
  3. Ce que la convention ne règle pas
  4. Pourquoi on compare les taux, et comment le faire correctement
  5. Tableau : quel État s'intéresse à quoi ?
  6. Ce que la convention implique concrètement, pas à pas
  7. Les erreurs que l'on rencontre le plus souvent
  8. Quand faire appel à un conseiller ?
  9. Questions fréquentes

Vous dirigez une activité entre la France et la Suisse, ou vous envisagez de fonder une société à Genève ou à Lausanne depuis la France : la convention fiscale franco-suisse est le texte qui sert de boussole. Elle répartit le droit d'imposer entre les deux États afin qu'un même revenu ne soit pas taxé deux fois. Elle ne dit pourtant pas où votre société sera imposée : cela dépend de faits que seule une analyse de votre dossier permet d'établir.

À quoi sert une convention de double imposition ?

Sans convention, deux États peuvent prétendre taxer le même bénéfice : l'un parce que la société y est constituée, l'autre parce qu'elle y est dirigée ou y exerce une activité. Une convention bilatérale fixe des règles de partage. Elle désigne, pour chaque catégorie de revenu, l'État qui imposera, ou celui qui devra accorder un allègement.

Pour une société, trois questions reviennent presque toujours :

  • Où se trouve sa résidence fiscale ?
  • Dispose-t-elle d'un établissement stable dans l'autre pays ?
  • Comment sont traités les flux entre la société et ses associés ou sa maison mère (dividendes, intérêts, redevances) ?

La convention ne crée pas d'impôt et ne supprime pas les obligations déclaratives de chaque côté de la frontière. Elle encadre l'exercice du droit d'imposer, rien de plus.

Les trois notions à comprendre en premier

La résidence fiscale de la société

Une société constituée en Suisse n'est pas automatiquement considérée comme n'étant imposable qu'en Suisse. Si ses décisions stratégiques se prennent en réalité en France, l'administration française peut y voir un siège de direction effective. La convention prévoit alors des critères de départage, et l'analyse porte sur des faits : lieu où se réunit la direction, lieu de résidence des dirigeants, lieu où les contrats sont conclus. Nous détaillons ce point dans notre page sur le siège de direction effective.

L'établissement stable

Une société suisse qui exerce une activité durable en France, ou l'inverse, peut y créer un établissement stable : un bureau, un atelier, parfois un collaborateur qui conclut habituellement des contrats pour elle. Le bénéfice qui s'y rattache devient alors imposable dans cet État. Le sujet est traité en détail dans la page consacrée à l'établissement stable.

La qualification des flux

Un dividende versé par une Sàrl suisse à son associé résidant en France, ou un intérêt payé à l'inverse, suit des règles propres. La convention détermine quel État peut prélever un impôt, et dans quelle limite. Le détail dépend de la nature du revenu, de la qualité du bénéficiaire et de formalités à accomplir à temps. Ces règles évoluent : vérifiez toujours la version en vigueur du texte avant d'agir.

Ce que la convention ne règle pas

Il est fréquent de lui prêter plus de pouvoirs qu'elle n'en a. Elle ne couvre pas :

  • la TVA, qui relève de régimes distincts de chaque pays (voir TVA transfrontalière) ;
  • les assurances sociales, régies par d'autres instruments (voir AVS du frontalier indépendant) ;
  • le droit des sociétés : la forme juridique, le capital et l'inscription au registre du commerce suivent le droit suisse ;
  • les droits de timbre, qui sont une matière fédérale suisse.

Pourquoi on compare les taux, et comment le faire correctement

Comparer « la France » et « la Suisse » par un seul pourcentage est trompeur. Les chiffres ci-dessous éclairent l'ordre de grandeur, mais ils ne constituent pas une comparaison de charge totale.

25 %

Taux normal de l'impôt sur les sociétés en France

Source: impots.gouv.fr, Fiscalité des entreprises

8,5 %

Impôt fédéral direct sur le bénéfice des sociétés de capitaux

Source: Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD)

3,33 %

Genève, impôt cantonal sur le bénéfice (taux de base, avant centimes additionnels)

Source: AFC (ESTV), feuille cantonale Genève

Quelques repères officiels

En Suisse, l'imposition du bénéfice se cumule sur trois niveaux : la Confédération, le canton et la commune. Le taux fédéral, fixé à 8,5 % du bénéfice net, s'ajoute à l'impôt cantonal et communal. À Genève, le taux de base cantonal de 3,33 % est encore majoré de centimes additionnels. Le canton publie pour la Ville de Genève un taux effectif global bien supérieur au seul taux de base, qui varie légèrement selon la commune ; le calcul exact dépend de votre siège.

Dans le canton de Vaud, l'impôt cantonal de base sur le bénéfice est de 3 1/3 % du bénéfice net, multiplié par un coefficient cantonal (155 % en 2025), puis par le coefficient communal. L'impôt fédéral direct de 8,5 % s'y ajoute. Pour choisir entre les deux cantons, voir Genève ou Vaud.

Le taux nominal n'est qu'un élément. L'assiette (ce qui est déductible), les charges salariales, la présence éventuelle d'un établissement stable côté français et la manière dont les bénéfices sont distribués pèsent autant. Aucune comparaison de taux ne permet de promettre une charge fiscale : seule une étude de votre cas le permet.

Tableau : quel État s'intéresse à quoi ?

Le tableau ci-dessous donne une lecture simplifiée, à titre d'orientation. Les cas limites sont nombreux.

Situation Question centrale Où regarder en priorité
Sàrl suisse dirigée depuis la Suisse Résidence fiscale en Suisse ? Lieu réel des décisions
Sàrl suisse dont le dirigeant vit en France Risque de siège de direction effective en France Pouvoirs réels, lieu des réunions
Société française avec bureau en Suisse Établissement stable en Suisse ? Durée, nature de l'activité
Dividende versé à un associé en France Prélèvement à la source et crédit d'impôt Texte de la convention, formalités
Facturation entre deux entités liées Prix de transfert Documentation interne
Transfert d'une société française en Suisse Imposition de sortie en France Déménager sa société

Ce que la convention implique concrètement, pas à pas

  1. Qualifier votre activité

    Services, négoce, prestations en ligne : le type d'activité conditionne la notion d'établissement stable.

  2. Localiser les décisions

    Qui dirige, depuis quel pays, avec quels pouvoirs de signature.

  3. Identifier les flux

    Dividendes, intérêts, redevances, refacturations entre entités.

  4. Vérifier les formalités

    Déclarations, justificatifs de résidence, demandes de remboursement éventuelles.

  5. Faire valider par un conseiller

    L'analyse dépend de la situation, du canton et de l'activité.

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Les erreurs que l'on rencontre le plus souvent

  • Croire que la boîte aux lettres suffit. Une adresse en Suisse ne fixe pas à elle seule la résidence fiscale ; voir la page sur la domiciliation depuis l'étranger.
  • Oublier l'établissement stable involontaire. Un collaborateur ou un associé qui travaille depuis son domicile en France peut suffire à créer une présence imposable.
  • Négliger les coûts de constitution. Le capital minimal d'une Sàrl est fixé à 20 000 francs et doit être entièrement libéré à la fondation. Le droit de timbre d'émission de 1 % est dû sur les droits de participation, mais une franchise s'applique tant que les versements des associés ne dépassent pas un million de francs au total.
  • Mélanger les statuts personnels et la société. Votre imposition personnelle de résident français ou de frontalier n'a pas les mêmes règles que celle de votre société ; voir fiscalité France-Suisse.
  • Cesser une activité sans radier. Lorsqu'une succursale n'est plus exploitée, sa radiation doit être requise ; le registre ne la prononce qu'après approbation des autorités fiscales fédérale et cantonale.

Quand faire appel à un conseiller ?

Dès que l'un de ces éléments apparaît : un dirigeant résidant en France, des clients ou des salariés dans les deux pays, un transfert de société, une distribution de dividendes ou une activité réalisée à distance. La convention est un texte technique dont l'application suppose de connaître vos faits. Pour les points d'organisation, notre guide sur la création de société à distance rappelle les étapes de départ ; pour les risques généraux, la page sur les pièges d'une société suisse complète cette lecture.

Questions fréquentes

La convention fiscale franco-suisse supprime-t-elle toute double imposition ?

Elle vise à l'éviter, par l'attribution du droit d'imposer à l'un des États ou par un mécanisme d'imputation. Elle n'écarte pas les cas où la qualification des faits diverge entre les deux administrations, ni les obligations de déclaration dans chaque pays.

Une Sàrl suisse dont le gérant vit en France est-elle imposée en France ?

Pas automatiquement, mais le risque existe si les décisions importantes sont réellement prises en France. L'analyse porte sur le lieu de direction effective. Elle se fait au cas par cas.

La convention fixe-t-elle le taux d'impôt sur les bénéfices ?

Non. Les taux relèvent du droit interne de chaque État (et, en Suisse, de la Confédération, du canton et de la commune). La convention répartit le droit d'imposer, elle ne fixe pas les taux de l'impôt sur les sociétés.

Une société suisse peut-elle avoir un établissement stable en France ?

Oui, si elle y exerce une activité par une installation fixe ou par une personne agissant pour elle de manière habituelle. Le bénéfice qui s'y rattache peut alors être imposé en France.

Les dividendes versés à un associé résidant en France sont-ils taxés en Suisse ?

Cela dépend des règles de la convention et du droit interne suisse, ainsi que de la qualité de l'associé. Des formalités peuvent conditionner un allègement. Faites vérifier votre situation avant toute distribution.

La convention s'applique-t-elle à la TVA ?

Non. La TVA suit des règles propres à chaque pays. La méthode des taux de la dette fiscale nette est par exemple ouverte en Suisse sous des seuils de chiffre d'affaires et d'impôt fixés par la LTVA : un chiffre d'affaires annuel imposable n'excédant pas 5 024 000 francs et un impôt calculé n'excédant pas 108 000 francs.

Où consulter le texte officiel ?

Les textes de droit suisse sont publiés sur Fedlex, et les informations sur la fiscalité des entreprises françaises sur le site de l'administration fiscale française. Les sources utilisées sur cette page figurent ci-dessous.

Sources

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