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Comparer la fiscalité d'une société suisse ou d'une société française ne se résume pas à mettre deux taux côte à côte. En Suisse, l'impôt sur le bénéfice se compose d'un volet fédéral et d'un volet cantonal et communal ; en France, il repose sur un taux national unique. Surtout, la société n'est pas imposée là où elle est inscrite sur le papier, mais là où elle est réellement dirigée et là où elle exerce son activité.
Deux logiques d'imposition à distinguer
Une société française est soumise à un taux normal national, identique d'une commune à l'autre. Une société suisse supporte au contraire un empilement : l'impôt fédéral direct, l'impôt du canton, puis celui de la commune. Le résultat varie donc selon le lieu du siège.
Cette différence de structure explique pourquoi un simple « taux suisse » n'existe pas. Pour une comparaison honnête, il faut raisonner canton par canton, puis ajouter les impôts qui ne dépendent pas du bénéfice : droits de timbre, TVA, charges sociales et impôts sur les dividendes versés aux associés.
25 %
Impôt sur les sociétés en France (taux normal)
Source: impots.gouv.fr, Fiscalité des entreprises
8,5 %
Impôt fédéral direct sur le bénéfice net des sociétés de capitaux
Source: Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD)
3,33 %
Genève, impôt cantonal sur le bénéfice net (taux de base)
Source: AFC (ESTV), feuille cantonale Genève
1 %
Droit de timbre d'émission sur la création de capital
Source: Loi fédérale sur les droits de timbre (LT)
Le côté suisse : fédéral, cantonal, communal
Au niveau fédéral, l'impôt direct sur le bénéfice des sociétés de capitaux et des sociétés coopératives s'élève à 8,5 % du bénéfice net (art. 68 LIFD). Ce taux est le même partout en Suisse.
Le second étage dépend du canton. À Genève, le taux de base de l'impôt cantonal sur le bénéfice net des sociétés de capitaux est de 3,33 %, avant centimes additionnels. Dans le canton de Vaud, l'impôt cantonal de base est de 3 1/3 % du bénéfice net, multiplié par un coefficient cantonal (155 % en 2025), puis par le coefficient communal.
Ces taux de base ne donnent pas la charge réelle. Pour la Ville de Genève, le canton publie un taux effectif d'imposition du bénéfice de 13,99 %, impôt cantonal, communal et fédéral compris ; il varie légèrement selon la commune et la page officielle indique qu'il repose sur la période fiscale 2015. Il s'agit donc d'un ordre de grandeur à revérifier, non d'une prévision pour votre société. Pour choisir entre les deux cantons romands, la page consacrée à Genève ou Vaud détaille les critères pratiques.
Le côté français : un taux normal unique
En France, le taux normal de l'impôt sur les sociétés est de 25 % pour l'ensemble des entreprises, pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2022. L'assiette (ce qui est déductible, comment les charges sont comptées) suit des règles propres, qui ne coïncident pas avec celles du bénéfice imposable suisse.
Un taux nominal plus bas en Suisse ne signifie donc pas, à lui seul, un résultat net plus élevé : charges sociales, imposition des dividendes, TVA et coûts de fonctionnement pèsent aussi dans le calcul.
Tableau comparatif
| Critère | Société suisse | Société française |
|---|---|---|
| Impôt sur le bénéfice | Fédéral (8,5 %) + canton + commune | Taux normal national (25 %) |
| Variation selon le lieu | Forte, selon canton et commune | Aucune sur le taux normal |
| Droit sur la création de capital | Droit de timbre d'émission, avec franchise | Pas de droit de timbre équivalent mentionné ici |
| Lieu d'imposition | Siège réel, direction effective | Siège réel, direction effective |
| Convention fiscale | Applicable entre les deux pays | Applicable entre les deux pays |
| Risque de double imposition | Réel si la direction est en France | Réel si la direction est en Suisse |
| Profil visé | Activité exercée en Suisse | Activité exercée en France |
Ce tableau compare des structures, pas des situations personnelles : la réponse dépend de l'activité, du canton, du lieu de résidence des associés et du lieu où les décisions sont prises.
Le droit de timbre d'émission à la création
La création d'une société de capitaux en Suisse peut donner lieu à un droit de timbre d'émission sur les droits de participation, au taux de 1 % (art. 8 al. 1 LT). La loi prévoit toutefois une exemption : les droits de participation émis à titre onéreux lors de la fondation ou de l'augmentation du capital d'une SA, d'une SCmA ou d'une Sàrl sont exemptés tant que les versements des actionnaires ne dépassent pas, au total, CHF 1'000'000 (art. 6 al. 1 let. h LT).
Pour la plupart des créations de petites structures, cette franchise est déterminante. Elle ne dispense pas de vérifier le montant exact des apports, notamment en cas d'augmentations de capital successives. Pour le choix de la forme, voyez la page sur la Sàrl suisse pour les Français et celle sur la SA pour actionnaires étrangers.
Le vrai sujet : où la société est-elle imposée ?
Choisir une société suisse pour ses taux n'a de sens que si la société est réellement suisse. Si l'essentiel des décisions est pris depuis la France par un dirigeant qui y réside, l'administration française peut estimer que la direction effective s'y trouve. La société risque alors d'y être imposée, malgré son inscription à Genève ou Lausanne.
Deux notions se croisent :
- la direction effective et le siège de direction, qui fixent la résidence fiscale de la société ;
- l'établissement stable, qui peut rattacher une partie du bénéfice à un État où la société travaille de manière durable.
La convention fiscale franco-suisse répartit le droit d'imposer entre les deux pays et prévoit des mécanismes pour éviter la double imposition. Elle ne neutralise pas un montage mal calibré. Pour la TVA sur les prestations entre les deux pays, consultez la page sur la TVA transfrontalière.
Un exemple de lecture
Un consultant français réside à proximité de la frontière, fonde une société à Genève et prend toutes ses décisions depuis son domicile. Sur le papier, il a une société suisse. En pratique, la question du lieu de direction effective se pose, et avec elle celle de l'impôt dû en France. À l'inverse, un dirigeant qui s'installe réellement en Suisse, y loge, y dirige et y exerce répond à une tout autre situation.
Succursale ou filiale : l'effet sur l'impôt
Une société française peut aussi opérer en Suisse sans créer de société distincte. La succursale est inscrite au registre du commerce du lieu où elle se trouve (art. 931 al. 2 CO). Sa raison de commerce reprend celle de l'établissement principal et, si le siège est à l'étranger, indique le siège principal, celui de la succursale et sa qualité de succursale (art. 952 CO).
Sur le plan fiscal, la succursale n'a pas de personnalité juridique propre et les résultats se rattachent à la société étrangère, tandis qu'une filiale est une société suisse imposée pour elle-même. Les conséquences sont détaillées sur la page succursale ou filiale. Si la succursale cesse son activité, sa radiation doit être requise : l'office du registre du commerce informe les autorités fiscales fédérale et cantonale, et ne radie qu'après leur approbation (art. 115 ORC).
Questions fréquentes
La Suisse est-elle toujours moins imposée que la France pour une société ?
Non. Le taux nominal fédéral et cantonal peut paraître plus bas, mais il varie selon le canton et la commune, et la charge globale dépend aussi des charges sociales, de l'imposition des dividendes et des coûts de fonctionnement. Seule une simulation sur votre situation permet de conclure.
Une société inscrite à Genève peut-elle être imposée en France ?
Oui, si la direction effective se trouve en France ou si une activité durable y constitue un établissement stable. L'inscription au registre du commerce suisse ne suffit pas à fixer, à elle seule, le lieu d'imposition.
Quel est l'impôt fédéral sur le bénéfice d'une Sàrl ou d'une SA ?
L'impôt fédéral direct sur le bénéfice des sociétés de capitaux est de 8,5 % du bénéfice net. S'y ajoutent l'impôt cantonal et l'impôt communal, qui varient selon le lieu du siège.
Faut-il payer un droit de timbre en créant une Sàrl ?
Le droit de timbre d'émission est de 1 % sur les droits de participation, mais la fondation ou l'augmentation de capital d'une SA, d'une SCmA ou d'une Sàrl en est exemptée tant que les versements ne dépassent pas CHF 1'000'000 au total.
Genève ou Vaud : lequel est le moins cher fiscalement ?
Les deux cantons appliquent des systèmes différents, avec taux de base, coefficients et centimes additionnels. La comparaison dépend de la commune et de l'activité. Les chiffres publiés évoluent et doivent être revérifiés auprès des autorités cantonales avant toute décision.
Une succursale suisse d'une société française est-elle imposée séparément ?
Elle est inscrite au registre du commerce suisse, mais elle n'a pas de personnalité juridique propre. Le traitement fiscal du bénéfice rattaché à la succursale dépend des règles internes et de la convention fiscale entre les deux pays.
Cette page remplace-t-elle un conseil fiscal ?
Non. Elle donne un cadre général. La charge réelle, le risque de requalification et l'articulation entre les deux systèmes se vérifient au cas par cas auprès d'un conseiller.
Sources
- Impots.gouv.fr : Fiscalité des entreprises
- Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct, LIFD (RS 642.11), Fedlex
- Loi fédérale sur les droits de timbre, LT (RS 641.10), Fedlex
- Code des obligations (RS 220), Fedlex
- Ordonnance sur le registre du commerce, ORC (RS 221.411), Fedlex
- AFC (ESTV) : Feuille cantonale Genève
- État de Genève : L'impôt sur le bénéfice dès le 1er janvier 2020
- État de Vaud : Impôt sur le bénéfice
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