Dans cette page
- Deux systèmes de TVA qui ne se recouvrent pas
- Les repères chiffrés de la TVA suisse
- Faut-il s'assujettir ? Le seuil de libération
- Simplifier le décompte : la méthode des taux de la dette fiscale nette
- Tableau : où se situe chaque question
- Arbre de décision : par où commencer ?
- Facturer un client français depuis la Suisse : les réflexes
- Les pièges fréquents
- Questions fréquentes
Vous créez ou dirigez une société en Suisse, et une partie de vos clients (ou de vos fournisseurs) se trouve en France : la question de la TVA suisse et de la facturation entre les deux pays se pose tôt. La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne ; elle applique sa propre loi sur la taxe sur la valeur ajoutée, administrée par l'Administration fédérale des contributions (AFC). Cette page présente les principes généraux, sans remplacer l'analyse de votre situation.
Deux systèmes de TVA qui ne se recouvrent pas
Une entreprise suisse qui facture un client français ne se retrouve pas dans un régime intracommunautaire. Chaque opération doit être rattachée à la loi suisse (LTVA) ou à la législation française, selon le lieu de la prestation, la nature de la livraison ou du service et la qualité du client. Les règles de détail (exportation, importation, prestations de services à l'étranger, autoliquidation) dépendent de chaque cas : elles se vérifient avant d'émettre la première facture.
Trois questions reviennent presque toujours :
- Ma société est-elle assujettie à la TVA suisse, ou libérée de l'assujettissement ?
- Quel taux appliquer sur mes ventes en Suisse ?
- Ma présence en France crée-t-elle des obligations de l'autre côté de la frontière ? Ce second point relève de l'établissement stable et de la fiscalité franco-suisse.
Les repères chiffrés de la TVA suisse
8,1 %
Taux normal de la TVA
Source: Loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA), art. 25 al. 1
2,6 %
Taux réduit de la TVA
Source: Loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA), art. 25 al. 2
3,8 %
Taux spécial du secteur de l'hébergement
Source: Loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA), art. 25 al. 4
100 000 francs
Seuil de libération de l'assujettissement (chiffre d'affaires annuel total)
Source: Loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA), art. 10 al. 2 let. a
Le taux normal de la TVA est de 8,1 % (art. 25 al. 1 LTVA). Le taux réduit est de 2,6 % ; il vise notamment les denrées alimentaires, les médicaments, les livres et les journaux (art. 25 al. 2). Le taux spécial pour les prestations du secteur de l'hébergement est de 3,8 %, appliqué au plus tard jusqu'au 31 décembre 2027 (art. 25 al. 4).
Faut-il s'assujettir ? Le seuil de libération
La loi libère de l'assujettissement toute personne dont le chiffre d'affaires total, réalisé en Suisse et à l'étranger sur une année, reste inférieur à 100 000 francs, pour les prestations non exclues du champ de l'impôt (art. 10 al. 2 let. a LTVA).
Le point qui surprend les entrepreneurs installés entre la France et la Suisse : le calcul porte sur le chiffre d'affaires en Suisse et à l'étranger. Les ventes à des clients français comptent donc dans l'appréciation du seuil, même si elles ne sont pas soumises à la TVA suisse.
L'assujettissement volontaire
Une entreprise exploitée mais non assujettie peut renoncer à la libération et s'assujettir de son plein gré. La renonciation doit être maintenue pendant au moins une période fiscale (art. 11 al. 1 et 2 LTVA). Cette option intéresse surtout les sociétés qui supportent beaucoup de TVA sur leurs achats ; savoir si elle est avantageuse demande un calcul sur vos chiffres réels.
S'annoncer à l'AFC
Une société assujettie doit s'annoncer spontanément et par écrit à l'AFC dans les 30 jours qui suivent le début de son assujettissement (art. 66 al. 1 LTVA). Le point de départ se détermine avec soin : une société qui démarre avec de gros contrats peut franchir le seuil très tôt.
Simplifier le décompte : la méthode des taux de la dette fiscale nette
La loi prévoit une méthode simplifiée pour les petites structures. Elle est ouverte à l'assujetti dont le chiffre d'affaires annuel imposable n'excède pas 5 024 000 francs et dont l'impôt calculé n'excède pas 108 000 francs (art. 37 al. 1 LTVA). Les deux conditions sont cumulatives. Le choix de cette méthode a des effets sur la déduction de l'impôt préalable : il se décide avec un conseiller, en fonction de la structure de vos coûts.
Tableau : où se situe chaque question
| Critère | Côté suisse | Côté français |
|---|---|---|
| Autorité compétente | AFC | Administration fiscale française |
| Texte de référence | LTVA | Législation française sur la TVA |
| Point d'entrée de l'analyse | Assujettissement de la société suisse | Présence ou activité en France |
| Seuil de libération | Fixé par l'art. 10 LTVA | Propre au droit français |
| Document utile | Annonce à l'AFC, décomptes périodiques | À déterminer selon l'activité en France |
Ce tableau ne dit pas quelle règle s'applique à votre opération : il aide à ranger les questions entre les deux pays avant de consulter un conseiller.
Arbre de décision : par où commencer ?
Votre chiffre d'affaires total (Suisse et étranger) atteint-il le seuil de libération ?
Vos achats comportent-ils beaucoup de TVA récupérable ?
Facturer un client français depuis la Suisse : les réflexes
Quelques réflexes évitent la plupart des erreurs :
- Qualifier l'opération : livraison de biens, prestation de services ou travail sur un bien ne se traitent pas de la même manière.
- Identifier le client : entreprise ou particulier, assujetti ou non, les conséquences diffèrent.
- Contrôler les mentions de la facture : numéro de TVA, taux, adresse de la société, raison de commerce exacte telle qu'inscrite au registre.
- Conserver les justificatifs : preuves de transport, contrats, correspondance.
Si votre société s'installe via une succursale ou une filiale, le raisonnement change selon la forme retenue. Une succursale est inscrite au registre du commerce du lieu où elle se trouve (art. 931 al. 2 CO). Sa raison de commerce reprend celle de l'établissement principal et, si le siège de l'entreprise est à l'étranger, indique le siège principal, celui de la succursale et sa qualité de succursale (art. 952 al. 1 et 2 CO). Ces mentions figurent aussi sur vos factures et se coordonnent avec votre situation TVA. Le choix entre les deux formes est détaillé ailleurs sur le site.
Les pièges fréquents
- Oublier les ventes à l'étranger dans le calcul du seuil. Le chiffre d'affaires pris en compte est global.
- S'annoncer trop tard. Le délai légal court depuis le début de l'assujettissement, pas depuis la première facture émise.
- Appliquer un taux au jugé. Le taux normal n'est pas le taux réduit : la nature du bien ou du service décide.
- Ignorer la dimension française. Une activité exercée sur place peut créer des obligations locales, ce qui renvoie à l'établissement stable.
- Négliger le siège réel de la direction. Il pèse sur l'analyse fiscale globale ; voyez la page sur la direction effective.
Pour les risques plus généraux d'une société suisse détenue depuis la France, consultez aussi les pièges à éviter. La convention fiscale franco-suisse traite des impôts directs et non de la TVA : ne la confondez pas avec les règles ci-dessus.
Questions fréquentes
Une société suisse doit-elle facturer la TVA suisse à un client français ?
Cela dépend de la nature de l'opération, du lieu de la prestation et de la qualité du client. Certaines opérations peuvent être exclues du champ de la TVA suisse ou exonérées, d'autres non. Une analyse au cas par cas est nécessaire avant l'émission de la facture.
Quel est le taux de TVA en Suisse ?
Le taux normal est de 8,1 %, le taux réduit de 2,6 % et le taux spécial de l'hébergement de 3,8 %, appliqué au plus tard jusqu'au 31 décembre 2027. Le taux applicable à votre activité dépend de la nature de vos ventes.
À partir de quel chiffre d'affaires la société devient-elle assujettie ?
Le seuil de libération est de 100 000 francs de chiffre d'affaires total sur un an, en Suisse et à l'étranger, pour les prestations non exclues du champ de l'impôt. Au-delà, l'assujettissement s'applique en principe.
Dans quel délai faut-il s'annoncer à l'AFC ?
L'assujetti doit s'annoncer spontanément et par écrit à l'AFC dans les 30 jours qui suivent le début de son assujettissement.
Peut-on s'assujettir à la TVA avant d'atteindre le seuil ?
Oui. La loi permet de renoncer à la libération, mais la renonciation doit être maintenue pendant au moins une période fiscale. Il faut mesurer les effets sur vos achats et vos décomptes avant de choisir.
Existe-t-il une méthode de décompte simplifiée ?
Oui, la méthode des taux de la dette fiscale nette, ouverte sous conditions de chiffre d'affaires imposable (5 024 000 francs au plus) et d'impôt calculé (108 000 francs au plus). Elle se choisit avec un conseiller.
La convention fiscale franco-suisse règle-t-elle la TVA ?
Non. Elle concerne les impôts directs. La TVA suit la loi suisse d'un côté et la législation française de l'autre.
Puis-je créer ma société à distance et gérer la TVA depuis la France ?
C'est possible sur le principe, mais la gestion quotidienne se prépare : voyez la page sur la création à distance et les réponses de la FAQ.
Sources
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