Dans cette page
- Ce qui change quand la filiale a son propre statut
- Sàrl ou SA : quelle coque pour la filiale ?
- Les pièces à réunir côté France
- Qui dirige la filiale et depuis où
- Fiscalité : ce que la filiale change, et ce qu'elle ne règle pas
- Banque, domiciliation et vie courante de la société
- Les dirigeants français : quel statut de séjour ?
- Si le projet tourne court : sortir d'une filiale ou d'une succursale
- Checklist avant de lancer la filiale
- Questions fréquentes
Ouvrir une filiale en Suisse, c'est faire naître une société de droit suisse dont la société française est propriétaire, en tout ou en partie. Cette société a sa propre personnalité juridique, ses propres comptes et ses propres obligations. Ce guide s'adresse à la direction d'une entreprise française qui hésite entre « s'implanter » et « s'exposer » : il décrit ce que la mère décide, ce que la filiale porte seule, et les points sur lesquels les projets transfrontaliers achoppent le plus souvent.
Ce qui change quand la filiale a son propre statut
Vue de Paris, la filiale suisse ressemble à un service de plus. Vue de Genève ou de Lausanne, c'est une société comme les autres : elle tient sa comptabilité, dépose ses comptes, répond de ses dettes sur son seul patrimoine et se présente aux autorités suisses sous son nom propre.
Trois conséquences pratiques pour la maison mère :
- La responsabilité est cloisonnée. Les créanciers de la filiale s'adressent à la filiale. La mère risque, en principe, son apport, sauf engagement exprès de sa part (garantie, cautionnement, lettre de confort).
- Les flux entre les deux sociétés deviennent des opérations entre tiers. Prêts, refacturations, redevances et prestations de services se documentent comme si elles avaient lieu entre sociétés indépendantes.
- La filiale a ses dirigeants. Qui la représente, qui signe et où se prend la décision : ces questions se règlent dès la constitution, pas après.
Sàrl ou SA : quelle coque pour la filiale ?
Le choix de la forme dépend de la place que vous voulez donner à la filiale dans votre groupe. Le tableau ci-dessous compare les deux options les plus fréquentes ; il ne remplace pas l'analyse de votre situation.
| Critère | Sàrl | SA |
|---|---|---|
| Position de la mère | Associée, inscrite au registre du commerce | Actionnaire, non inscrite au registre |
| Souplesse des statuts | Élevée, adaptée à une filiale détenue seule | Plus encadrée, adaptée à plusieurs investisseurs |
| Cession de la participation | Soumise à des règles propres, à lire dans les statuts | Plus aisée, surtout si les actions circulent |
| Image auprès des tiers | Structure légère | Structure perçue comme plus institutionnelle |
| Capital | Minimum fixé par le CO | Minimum fixé par le CO |
Pour la Sàrl, le capital social ne peut être inférieur à CHF 20'000 selon l'art. 773 al. 1 CO. Il peut aussi être libellé dans la monnaie étrangère la plus importante au regard des activités de l'entreprise (art. 773 al. 2 CO) : une piste à examiner si votre groupe facture et finance en euros.
20 000 francs
Capital social minimal d'une Sàrl
Source: Code des obligations (RS 220), version consolidée au 1er janvier 2026
Pour le détail de chaque forme, consultez le guide consacré à la Sàrl suisse pour les Français et celui sur la SA suisse avec actionnaire étranger.
Les pièces à réunir côté France
Une filiale se constitue en Suisse, mais la mère doit fournir des documents émis en France : extrait du registre du commerce français, pouvoirs de la personne qui signe, décision de l'organe compétent de la mère. Les autorités suisses demandent souvent que ces pièces soient légalisées ou apostillées et, le cas échéant, traduites. Le chapitre dédié aux documents étrangers et à l'apostille détaille cette étape.
Un point de comparaison éclaire le choix. Pour une succursale d'une entité dont le siège est à l'étranger, l'ordonnance sur le registre du commerce exige, avec la réquisition d'inscription, notamment un extrait actuel attesté conforme du registre du siège principal, un exemplaire attesté conforme des statuts et le procès-verbal de création de la succursale et de désignation des personnes habilitées à la représenter (art. 113 al. 1 ORC). La filiale, elle, repose sur ses propres statuts et son propre acte constitutif. L'arbitrage complet entre les deux montages est traité dans le comparatif succursale ou filiale.
La structure suisse doit-elle être juridiquement séparée de la société française ?
Prévoyez-vous des partenaires ou des investisseurs au capital de la structure suisse ?
L'activité suisse est-elle une extension directe de l'activité française ?
Qui dirige la filiale et depuis où
C'est le point qui surprend le plus les groupes français. La filiale est suisse sur le papier, mais les autorités regardent où elle est réellement dirigée. Deux sujets se croisent.
La représentation sur place
Selon la forme retenue, le droit suisse exige qu'une personne domiciliée en Suisse puisse représenter la société. Vous pouvez placer un dirigeant de la mère sur place, recruter un directeur local ou recourir à un mandataire. Le dossier administrateur domicilié en Suisse explique les montages possibles et leurs limites.
Le lieu de la direction effective
Une filiale dont toutes les décisions importantes se prennent à Paris peut voir son rattachement fiscal contesté. Le sujet est développé dans la page sur la résidence fiscale et le siège de direction effective. Retenez ici une règle de bon sens : les réunions, les décisions et les signatures stratégiques de la filiale doivent avoir une réalité en Suisse, documentée dans un procès-verbal.
Fiscalité : ce que la filiale change, et ce qu'elle ne règle pas
La création d'une filiale ne vaut pas économie d'impôt. Elle déplace des questions d'une administration à l'autre et en ouvre de nouvelles :
- la filiale est imposée en Suisse sur ses résultats, au niveau fédéral et cantonal ; le régime exact varie d'un canton à l'autre ;
- les dividendes remontés vers la France, les intérêts et les redevances suivent les règles de la convention fiscale franco-suisse et de la législation interne de chaque État ;
- des dirigeants français qui œuvrent depuis la France pour la filiale peuvent créer, pour celle-ci ou pour la mère, un établissement stable dans l'autre pays.
Aucune de ces questions ne se tranche par une règle générale. Elles demandent une analyse chiffrée par un conseiller, avec vos flux réels.
Banque, domiciliation et vie courante de la société
Une filiale sans compte bancaire reste une coquille vide : il faut libérer le capital, payer les premières charges et encaisser les clients. Les banques suisses appliquent des contrôles d'identité et d'origine des fonds à l'ouverture, plus exigeants lorsque les bénéficiaires économiques résident à l'étranger. Préparez la chaîne de détention, la description de l'activité et les justificatifs de la mère. Le chapitre sur le compte bancaire d'une société détenue par un non-résident vous guide dans cette démarche.
La société doit aussi avoir une adresse en Suisse. Si vous ne disposez pas de locaux propres, étudiez la domiciliation depuis l'étranger : l'adresse doit correspondre à une réalité, pas à une simple boîte aux lettres sans lien avec l'activité.
Les dirigeants français : quel statut de séjour ?
Envoyer un cadre français en Suisse pour piloter la filiale pose la question de son autorisation. Plusieurs cas de figure existent selon que la personne s'installe, reste en France et vient travailler, ou exerce comme indépendant.
Pour un ressortissant UE/AELE qui entre en Suisse pour travailler comme indépendant, la fiche du SEM prévoit une autorisation de séjour B UE/AELE valable cinq ans, à condition de prouver l'exercice effectif de l'activité. Le dirigeant salarié de sa propre filiale relève, lui, d'un autre régime : renseignez-vous avant de choisir le statut. La page sur le permis B pour indépendant décrit la logique du séjour.
5 ans
Autorisation de séjour B UE/AELE pour un indépendant
Source: SEM, fiche Séjour en Suisse en vue d'y exercer une activité lucrative (décembre 2024)
Si le projet tourne court : sortir d'une filiale ou d'une succursale
Dissoudre une filiale suit la procédure de liquidation de la forme choisie, avec ses publications et ses délais légaux. Pour une succursale, la radiation doit être requise lorsqu'elle n'est plus exploitée ; l'office informe les autorités fiscales fédérale et cantonale et ne radie qu'après leur approbation (art. 115 al. 1 et 2 ORC). Prévoir la sortie dès l'entrée évite de mauvaises surprises, par exemple sur les engagements de la mère.
Checklist avant de lancer la filiale
- Décider de la forme (Sàrl ou SA) en fonction des futurs associés ou actionnaires
- Désigner les personnes qui représenteront la société en Suisse
- Préparer les documents de la mère et vérifier leur légalisation
- Définir où se prendront réellement les décisions de gestion
- Anticiper la banque, l'adresse et les assurances sociales
- Faire valider les flux entre mère et filiale par un conseiller fiscal
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une filiale et une succursale en Suisse ?
La filiale est une société suisse distincte, avec sa propre personnalité juridique. La succursale reste une partie de la société étrangère : elle n'a pas de personnalité propre, mais elle s'inscrit au registre du commerce du lieu où elle se trouve (art. 931 al. 2 CO). La raison de commerce d'une succursale reprend celle de l'établissement principal et, si le siège est à l'étranger, indique en outre le siège principal, celui de la succursale et sa qualité de succursale (art. 952 al. 1 et 2 CO).
La société française peut-elle détenir seule sa filiale suisse ?
Oui, une société peut en principe être l'unique associée ou actionnaire d'une société de capitaux suisse. Les statuts doivent alors être rédigés en tenant compte de cette situation, notamment pour la représentation et la cession future de la participation.
Peut-on fixer le capital en euros ?
Pour la Sàrl, le droit suisse permet de libeller le capital dans la monnaie étrangère la plus importante au regard des activités de l'entreprise (art. 773 al. 2 CO). Cette option suppose que l'activité le justifie. Elle a des effets comptables à faire valider avec votre conseiller.
Faut-il se déplacer en Suisse pour constituer la filiale ?
Pas toujours : certaines étapes peuvent se faire par procuration ou à distance, selon le notaire et le canton. La page sur la création à distance précise ce qui est possible et ce qui exige une présence physique.
Le dirigeant d'une filiale suisse peut-il rester frontalier ?
Un ressortissant UE/AELE peut, en principe, rentrer chaque jour, ou au moins une fois par semaine, à sa résidence principale à l'étranger ; le permis G UE/AELE est valable cinq ans. Mais le lieu où il dirige effectivement la filiale a des effets fiscaux : voyez la page sur le statut de frontalier indépendant.
Une filiale suisse réduit-elle l'impôt du groupe ?
Pas automatiquement. Selon le canton, l'activité, les flux et le lieu de la direction, le résultat peut aussi bien être neutre que défavorable. Il ne faut jamais décider sur la seule promesse d'un taux : demandez une simulation individualisée.
Sources
- Code des obligations (RS 220), version consolidée au 1er janvier 2026 — Fedlex
- Ordonnance sur le registre du commerce, ORC (RS 221.411), version au 1er octobre 2026 — Fedlex
- Loi fédérale sur les étrangers et l'intégration, LEI (RS 142.20), version au 1er février 2026 — Fedlex
- SEM : fiche Séjour en Suisse en vue d'y exercer une activité lucrative (décembre 2024)
- SEM : Permis G UE/AELE (autorisation frontalière)
Un projet de création ou de domiciliation ?
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