Aller au contenu
La place des Nations à Genève, avec la Broken Chair et le Palais des Nations

Guides

Embaucher un salarié en Suisse avec une société étrangère

Une société étrangère qui veut embaucher un salarié en Suisse déclenche des obligations d'assurances sociales, parfois même une inscription au registre du commerce. Voici comment s'y retrouver selon la résidence du salarié.

Mis à jour le · Information générale, pas un conseil juridique ou fiscal pour une situation particulière.

Demander une offre

Dans cette page
  1. Pourquoi l'employeur étranger n'échappe pas au droit suisse
  2. Quelle caisse AVS selon la résidence du salarié ?
  3. Un salarié frontalier ou un salarié installé en Suisse ?
  4. Les assurances que l'employeur doit mettre en place
  5. Quand un salarié oblige à ouvrir une structure locale
  6. Étapes pour embaucher sans mauvaise surprise
  7. Les pièges les plus fréquents
  8. Questions fréquentes

Vous dirigez une entreprise établie hors de Suisse et un collaborateur travaillera désormais sur sol suisse ? Pour embaucher un salarié en Suisse avec une société étrangère, la question n'est pas seulement de signer un contrat. Il faut aussi savoir auprès de qui s'affilier, quelles assurances souscrire, et si la présence d'un seul employé suffit à vous obliger à vous structurer localement. La réponse dépend largement de l'endroit où vit la personne engagée et de la manière dont elle travaille.

Pourquoi l'employeur étranger n'échappe pas au droit suisse

Un employeur n'a pas besoin d'une société en Suisse pour y faire travailler quelqu'un. En revanche, le travail exercé en Suisse suit les règles suisses d'assurances sociales. Pour un employeur dont le siège est dans l'UE ou l'AELE, l'Office fédéral des assurances sociales indique que toute activité lucrative exercée en Suisse est traitée comme si l'employeur avait son siège en Suisse.

Concrètement, c'est à vous, et non au salarié, de vous annoncer auprès de la bonne caisse de compensation AVS. Cette étape est le point de départ de tout le reste : sans affiliation, aucun décompte de cotisations n'est possible.

Quelle caisse AVS selon la résidence du salarié ?

Le critère n'est pas la nationalité de l'employeur, mais le lieu de vie du salarié.

Situation du salarié Caisse de compensation à contacter
Il habite en Suisse Celle du canton de résidence du salarié
Il habite dans l'UE ou l'AELE et travaille en Suisse Celle du canton où le travail est exercé
Employeur hors UE/AELE Cas à examiner séparément, selon les conventions applicables

Pour les employeurs sans établissement stable en Suisse, la loi réserve les conventions internationales. Le détail de cette situation est expliqué sur la page consacrée à l'employeur sans établissement en Suisse.

Un salarié frontalier ou un salarié installé en Suisse ?

Le salarié qui reste domicilié à l'étranger

Un ressortissant UE/AELE qui garde sa résidence principale à l'étranger travaille en Suisse comme frontalier. En principe, il retourne chaque jour, ou au moins une fois par semaine, à son domicile. Le permis G UE/AELE est valable cinq ans et il n'existe plus de zones frontalières pour ces personnes. Pour les ressortissants de pays tiers, la LEI prévoit en revanche une activité dans une zone frontalière et un retour hebdomadaire au lieu de résidence.

Le permis G et la situation des frontaliers qui créent une entreprise sont traités dans des pages distinctes. Pour un employeur, l'enjeu pratique est de vérifier le statut du collaborateur avant la première fiche de paie.

Le salarié qui déménage en Suisse

Si la personne s'installe sur place, c'est la caisse de son canton de résidence qui devient votre interlocutrice. Le permis de séjour, la prévoyance et l'impôt à la source suivent alors une logique différente. La LEI ne s'applique aux ressortissants UE/AELE que dans la mesure où l'accord sur la libre circulation n'en dispose pas autrement, ce qui simplifie souvent leur situation par rapport aux ressortissants d'autres pays.

Les assurances que l'employeur doit mettre en place

L'engagement d'un salarié ouvre plusieurs volets distincts. Aucun ne se substitue à un autre.

AVS, AI et APG : une retenue répartie

Les cotisations sur le salaire se composent de l'AVS (8,7 %), de l'AI (1,4 %) et des APG (0,5 %), soit 10,6 % au total. Ce montant se partage à parts égales : 5,3 % sont déduits du salarié et 5,3 % restent à la charge de l'employeur, hors assurance-chômage. Vous retenez donc la part du salarié sur sa rémunération, puis vous versez l'ensemble à la caisse.

À titre d'information, un employeur qui n'est pas tenu de payer des cotisations (cas particulier) laisse le salarié verser lui-même 8,7 % sur son salaire déterminant.

Prévoyance professionnelle (LPP)

Le deuxième pilier devient obligatoire lorsqu'un même employeur verse un salaire annuel supérieur à 22 680 francs. La partie du salaire comprise entre 26 460 et 90 720 francs doit alors être assurée (salaire coordonné), avec un salaire coordonné minimal de 3 780 francs. Vous devez rattacher votre personnel à une institution de prévoyance : l'adhésion se prépare avant l'embauche, pas après.

Assurance-accidents (LAA)

Les travailleurs occupés en Suisse sont assurés à titre obligatoire contre les accidents. Cela inclut les travailleurs à domicile, les apprentis, les stagiaires et les volontaires. L'employeur choisit ou se voit attribuer l'assureur compétent selon son activité.

Allocations familiales

Les allocations pour enfants relèvent aussi de l'employeur, par l'intermédiaire de la caisse d'allocations. Le minimum fédéral atteint 215 francs par mois pour l'allocation pour enfant et 268 francs par mois pour l'allocation de formation. Certains cantons versent davantage : dans le canton de Vaud, l'allocation pour enfant de moins de 16 ans s'élève à 322 francs pour les premier et deuxième enfants et à 365 francs à partir du troisième ; l'allocation de formation atteint 425 francs, puis 468 francs. Ces montants varient d'un canton à l'autre : le lieu de travail ou de résidence détermine la règle applicable.

Quand un salarié oblige à ouvrir une structure locale

L'affiliation AVS ne crée pas par elle-même une société. Mais selon l'organisation du travail, la présence durable d'un collaborateur peut constituer un établissement stable, avec des conséquences fiscales. La loi précise d'ailleurs que tous les employeurs ayant un établissement stable en Suisse sont tenus de payer des cotisations.

Pour comprendre ce seuil, lisez la page sur l'établissement stable et celle sur le siège de direction effective. Si le salarié dispose d'un bureau, signe des contrats ou agit durablement au nom de la société, l'analyse mérite d'être faite avant l'embauche.

Succursale ou filiale : les deux voies

Lorsque l'activité s'installe, deux formes principales existent.

Critère Succursale Filiale
Personnalité juridique Aucune, c'est la société étrangère elle-même Société suisse distincte
Raison de commerce Celle de l'établissement principal, avec adjonction possible Libre, dans le respect du droit
Inscription Au registre du commerce du lieu de la succursale Au registre du commerce de son siège
Responsabilité Celle de la société étrangère Limitée à la société suisse

Pour une succursale d'une entité dont le siège est à l'étranger, la raison de commerce indique le siège de l'établissement principal, celui de la succursale et sa qualité de succursale. La demande d'inscription est accompagnée d'un extrait attesté conforme du registre du commerce du siège principal (ou d'une pièce officielle équivalente), d'un exemplaire attesté conforme des statuts et du procès-verbal de création de la succursale avec désignation des personnes habilitées à la représenter. Ces pièces étrangères passent généralement par une apostille.

Vous trouverez le comparatif détaillé sur la page succursale ou filiale, puis le déroulement de chaque option dans les guides consacrés à la succursale d'une société étrangère et à la filiale suisse d'une société française.

Étapes pour embaucher sans mauvaise surprise

  1. Qualifier la situation

    Résidence du salarié, lieu réel du travail, nationalité et permis nécessaire.

  2. S'annoncer à la caisse AVS

    Celle du canton de résidence ou du canton de travail, selon le cas.

  3. Assurer le personnel

    Prévoyance professionnelle, assurance-accidents et caisse d'allocations.

  4. Évaluer le risque d'établissement stable

    Un bureau ou une activité durable peut imposer une structure locale.

  5. Décider de la structure

    Rester sans structure, ouvrir une succursale ou créer une filiale.

Embaucher un salarié en Suisse depuis l'étranger

Avant de lancer la première paie, parcourez cette liste :

  • Vérifier le statut de séjour ou de frontalier du salarié
  • Identifier la caisse de compensation AVS compétente
  • Rattacher le personnel à une institution de prévoyance
  • Souscrire l'assurance-accidents obligatoire
  • Contrôler les règles de TVA et d'impôt liées à l'activité

Le volet TVA est abordé dans la page sur la TVA entre la France et la Suisse, et le volet fiscal général dans la convention fiscale franco-suisse.

Les pièges les plus fréquents

  • Payer le salarié depuis l'étranger sans rien déclarer. Le travail effectué en Suisse reste soumis aux cotisations suisses, même si le contrat est étranger.
  • Confondre résidence et lieu de travail. C'est pourtant ce critère qui désigne la caisse AVS compétente.
  • Oublier la prévoyance. L'obligation LPP dépend du salaire annuel versé par un même employeur, et non de la forme de la société.
  • Laisser s'installer un établissement stable sans l'avoir décidé. Un salarié isolé, bien implanté, peut suffire à créer des obligations fiscales.
  • Négliger la sortie. Lorsqu'une succursale n'est plus exploitée, sa radiation doit être requise. L'office informe les autorités fiscales fédérale et cantonale et ne radie qu'après leur approbation.

Pour un tour d'horizon plus large, voyez les risques d'une société suisse pour un entrepreneur français.

Questions fréquentes

Une société étrangère peut-elle employer quelqu'un en Suisse sans y avoir de société ?

Oui, c'est possible dans de nombreux cas, mais l'employeur doit s'affilier à la caisse de compensation AVS compétente et respecter les assurances obligatoires. Selon l'organisation du travail, la présence du salarié peut aussi constituer un établissement stable. L'analyse dépend de votre situation et mérite l'avis d'un conseiller.

Quelle caisse AVS faut-il contacter ?

Si le salarié habite en Suisse, il s'agit de la caisse du canton de résidence. S'il habite dans l'UE ou l'AELE, c'est celle du canton où le travail est exercé.

Le salarié doit-il avoir un permis de travail ?

Cela dépend de sa nationalité et de son lieu de résidence. Un ressortissant UE/AELE bénéficie de règles favorisées par l'accord sur la libre circulation. Pour les autres nationalités, le régime est plus strict : consultez la page sur les ressortissants hors UE.

Que se passe-t-il si je n'affilie pas mon salarié à la prévoyance professionnelle ?

Dès que le salaire annuel versé par un même employeur dépasse le seuil d'entrée de 22 680 francs, l'assurance obligatoire s'applique. Un défaut d'affiliation peut entraîner des régularisations. Il est préférable de régler ce point avant le premier versement de salaire.

Faut-il une succursale dès le premier salarié ?

Non, pas automatiquement. L'inscription d'une succursale au registre du commerce répond à une logique d'établissement durable, avec des personnes habilitées à représenter la société. Un seul salarié peut justifier cette démarche ou non, selon son rôle et ses moyens sur place.

La charge des cotisations change-t-elle si mon salarié est frontalier ?

Le calcul des cotisations AVS, AI et APG ne change pas parce que la personne est frontalière : la répartition de 5,3 % à chacun s'applique selon les règles ordinaires. Ce qui varie, c'est la caisse compétente et certaines obligations fiscales.

Où trouver les autres sujets proches ?

Vous pouvez consulter la FAQ générale ou le glossaire pour les termes techniques. Si votre projet inclut un accompagnement personnalisé, le formulaire de demande permet de décrire votre situation.

Sources

Un projet de création ou de domiciliation ?

Décrivez votre situation en deux minutes. Une fiduciaire à Genève et Lausanne l’étudie et vous répond par écrit, avec une offre chiffrée.

Demander une offre